Mais où sont nos prêtres ?

Nos prêtres sont partis. Rassurez-vous : pas loin, pas longtemps et ils reviennent ! Le presbyterium prend le temps de se retrouver. Trois jours pour penser à eux, penser à vous (oui-oui!). Et à notre mission à tous !

 

Chaque automne, nos prêtres diocésains prennent le temps de vivre un temps de retrouvailles et de fraternité ensemble, loin des paroisses et des téléphones. Une sorte de retraite animée, tous rassemblés autour de leur évêque Mgr Rodembourg.


Au menu ? Des temps pour se parler, pour se détendre, pour prier, pour se retrouver. Sans oublier le plat principal : une réflexion commune. Cette année, le vicaire général Serge Pelletier les a entrainés sur les chemins de la mission, dans la foulée de la Grande assemblée missionnaire (GAM) qui vient de rassembler 250 personnes de tous les diocèses.


Mardi, celui qui défrichait le chemin pour la trentaine de nos prêtres, c’est le théologien Bruno Demers, un des pères dominicains animateur de la communauté Saint-Albert-le-Grand à Montréal. Le père Bruno a le don de labourer les mots pour en extraire des saveurs qu’on avait oubliées ou qu’on ne leur connaissait pas encore. Comment voit-on la mission depuis Vatican 2 (et avant, du temps de Vatican I) ? Quels sont les modèles missionnaires que nous propose le Nouveau Testament ? Et si les Actes des apôtres nous proposaient une troisième voie pour être missionnaires aujourd’hui ? Et où en est l’Église du Québec dans sa transformation en cours pour embrasser à pleine main sa mission-missionnaire ?


Vous voyez : de la matière solide…


De la conversion à la rencontre

Premier constat : notre façon de comprendre la mission a beaucoup changé. Autrefois, le missionnaire partait au loin (« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples… »), souvent dans des pays dits « de mission », pour convertir, baptiser et sauver les âmes en leur offrant la vie éternelle. On traine encore, dans notre inconscient collectif, l’image du missionnaire en soutane quelque part en Afrique, le chapeau d’explorateur vissé sur la tête… « Les missions », c’était l’affaire de ces spécialistes capables de convertir les non-chrétiens.


Vatican II a profondément changé la perspective. Les évêques conciliaires ont saisi que la mission ne consiste pas à faire entrer les gens dans l’Église, mais d’abord et surtout à manifester l’amour de Dieu dans le monde, car le Salut est pour toute personne de bonne volonté. Et cette mission n’est pas réservée à quelques spécialistes : elle concerne tous les baptisés : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les envoie dans le monde », dit Jésus (Jn 17,18). Autrement dit, la mission n’est plus seulement là-bas. Elle est aussi ici, à nos portes, celles des paroisses, celles de nos maisons…


Parler de Dieu ou le donner à voir ?

Bruno Demers a ensuite invité les prêtres à redécouvrir deux façons d’être missionnaires dans le Nouveau Testament. La première, bien connue, consiste à annoncer explicitement la Bonne Nouvelle.


La seconde, particulièrement présente dans l’Évangile de Jean, met l’accent sur le témoignage. À bien y penser, dans les premiers siècles chrétiens, les disciples du Christ ne pouvaient pas se lancer dans de grandes campagnes d’évangélisation ni partir en mission : ils luttaient pour leur vie, de martyr en persécution ! Et pourtant, leur témoignage a converti l’Empire de Rome…


Car témoigner, ce n’est pas seulement parler de Jésus. C’est laisser transparaître, dans nos gestes, nos engagements et notre manière de vivre, quelque chose de notre rencontre avec lui. Une exigence engageante qui transforme autant celui qui la vit que ceux qui en sont témoins…


Et si l’Esprit nous précédait ?

En après-midi, le père Bruno Demers a fait un détour par les Actes des Apôtres: et si les premiers missionnaires n’avaient pas suivi un programme soigneusement établi ? Et si, plutôt que d’apporter Dieu aux autres, ils avaient appris à reconnaître sa présence déjà à l’œuvre chez ceux qu’ils rencontraient, en les aidant à lire les événements qui les concernaient à la lumière du Christ ?


L’expérience de Pierre chez le centurion Corneille est éclairante : l’Esprit saint agit chez des païens ! Là où personne ne l’attendait… Le missionnaire devient alors autant celui qui écoute que celui qui parle. Il apprend lui aussi de la rencontre. Et il ne sait pas trop lui-même où l’Esprit va souffler…


L’essentiel, constate Bruno Demers, est qu’il y ait quelqu’un pour dire et porter jusque dans sa propre vie la Parole, comme Paul, prisonnier à Rome…


Une Église qui avance

Mercredi, entre temps de prières et de détentes (indispensables !), nos prêtres ont poursuivi la discussion et la réflexion à partir de la récente Grande assemblée missionnaire, qui prolonge plusieurs années de réflexion sur la mission dans notre Église du Québec.


L’enjeu ? Apprendre à marcher ensemble, écouter notre monde, reconnaître les signes de vie qui s’y manifestent et trouver de nouvelles façons de témoigner de l’Évangile, quitte à bousculer nos pratiques et nos habitudes.


Qu’est-ce que nos pasteurs se sont dit à ce sujet ? Parfois, il est bon de laisser entr’eux... Et de se dire avec confiance : patience, ils vont revenir et seront là en fin de semaine pleins d’entrain pour servir leurs communautés.


En attendant, priez pour eux !


Laurent Fontaine

Responsable des communications

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