Liberté religieuse dans les Forces armées : les évêques expriment leurs préoccupations

Mgr Scott McCaig, évêque de l’Ordinariat militaire du Canada, soulève d’importantes préoccupations quant aux nouvelles règles régissant les « réflexions spirituelles » lors des cérémonies et rassemblements des Forces armées canadiennes (FAC).

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) exprime son entière solidarité.

 

Publiées le 29 juillet dernier par la Défense nationale, les nouvelles règles prévoient que les réflexions spirituelles prononcées dans les contextes militaires publics ne doivent pas utiliser « un langage religieux en particulier, y compris les références à Dieu ». Ces instructions, indique la Défense nationale, visent à assurer la neutralité religieuse de l’État et à tenir compte de la diversité des convictions présentes au sein des Forces.

Ces règles s’appliquent notamment aux cérémonies de passation de commandement, aux mises en service de navires, aux remises de distinctions et à plusieurs commémorations institutionnelles, dont celles du jour du Souvenir. Lorsqu’une prière ou une observance religieuse est demandée dans le cadre d’un événement officiel, les aumôniers doivent plutôt proposer une « réflexion spirituelle », indique le document du gouvernement canadien : « Les réflexions spirituelles visent à offrir la liberté et l’espace aux membres de tous les systèmes de croyances et philosophies pour marquer l’occasion d’une manière qui leur résonne en eux, que ce soit par une réflexion silencieuse, une prière personnelle ou une pause respectueuse pour permettre aux autres de faire de même. »

 

Neutralité vs liberté religieuse : un malentendu fondamental


C’est précisément sur la manière de comprendre la neutralité religieuse de l’État que Mgr McCaig exprime son désaccord. Dans une déclaration publiée le 10 août, il reconnaît que l’objectif d’inclusivité poursuivi par les FAC est valable, mais estime que la nouvelle instruction repose sur « un malentendu fondamental ».

Pour l’ordinaire militaire, le problème apparaît lorsque la politique reconnaît, d’une part, que les réflexions spirituelles visent à renforcer « le sens, le but et le bien-être spirituel », mais exige, d’autre part, que les aumôniers et aumônières les formulent sans aucune référence religieuse. Pour de nombreux croyants, soutient-il, il est impossible de séparer cette recherche de sens de leur relation à Dieu : « N’est-ce pas précisément le genre de coercition contre laquelle la Charte est censée nous protéger ? », demande Mgr McCaig dans sa déclaration du 10 août dernier.

 

L’instruction n’est ni neutre ni inclusive 


Mgr McCaig conteste l’idée selon laquelle l’absence de référence à Dieu constituerait en elle-même une position neutre. Les visions religieuses comme non religieuses comportent toutes des convictions sur le sens de l’existence, souligne l’Ordinaire militaire du Canada. La véritable neutralité de l’État ne devrait pas consister à retirer l’expression religieuse de l’espace commun, mais à permettre l’expression respectueuse d’une diversité de convictions.

S’appuyant notamment sur la Charte canadienne des droits et libertés et sur la décision Mouvement laïque québécois c. Saguenay de la Cour suprême, l’évêque défend un « laïcisme ouvert » qui ne favorise ni n’entrave la croyance ou la non-croyance.

« Le laïcisme ouvert signifie permettre des voix diverses », affirme-t-il, rappelant que l’aumônerie militaire est déjà interconfessionnelle et que ses membres sont formés pour exercer leur ministère dans le respect des différentes convictions. Sa conclusion est sans équivoque : « L’instruction n’est ni neutre ni inclusive. »

 

La CECC appuie Mgr McCaig


Dans un communiqué publié le 18 août, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) exprime officiellement sa solidarité envers Mgr McCaig et appuie les préoccupations qu’il formule au nom des catholiques dont il assume la charge pastorale. La CECC indique également qu’elle étudie la nouvelle politique et qu’elle suivra sa mise en œuvre, notamment ses conséquences sur « la liberté de conscience et de religion ainsi que sur la place de l’expression religieuse au sein des Forces armées canadiennes ».

La Conférence invite pour le moment les catholiques et « toutes les personnes de bonne volonté » à s’informer sur la question et à prier pour les membres des Forces armées, leurs familles et leurs aumôniers, ainsi que pour Mgr McCaig dans son ministère auprès de la communauté militaire catholique.

De son côté, Mgr McCaig souhaite que la politique soit réexaminée. Il déplore que « les autorités militaires et politiques responsables aient systématiquement refusé d’avoir un dialogue substantiel avec les dirigeants.es religieux et spirituels concernés. Les demandes de réunions ont été unanimement refusées pendant plusieurs années alors que ce sujet était en cours d’examen. D’autres approches des pays alliés et les suggestions des chefs religieux n’ont jamais été discutées ouvertement. Une approche véritablement collaborative aurait pu donner un résultat beaucoup plus cohérent et inclusif. »

Il appelle la Défense nationale à « un dialogue véritablement inclusif » afin de parvenir à une solution juste et raisonnable.

 

Pour consulter les documents :


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