Les uns pour les autres
Des centaines de travailleurs agricoles latino-américains ont rempli la cathédrale de Saint-Hyacinthe pour célébrer leur foi, leur travail et leur dignité.
Des centaines de voix et de visages venus de partout en Amérique latine et, bientôt, de longues files de travailleurs s’avançant pour faire bénir leurs mains : la Fête des travailleurs agricoles a de nouveau rempli la cathédrale de Saint-Hyacinthe d’une assemblée nombreuse et profondément recueillie.
Venus travailler dans les fermes, les champs et les vergers de la région, ces travailleurs et travailleuses agricoles ont participé à la célébration dominicale présidée par l’abbé Pierre Claver Nzeyimana, curé de la paroisse Notre-Dame-de-Bonsecours à Richelieu et surtout accompagnateur spirituel pour la pastorale des migrants. Le vicaire général, l’abbé Serge Pelletier, l’abbé Guy Pelletier ainsi que la Révérende Fresia Saborio, pasteure de l’église anglicane de Granby étaient présents, sans oublier, bien entendu, le diacre John Sanchez, responsable diocésain de la pastorale des migrants initiée il y a près de 25 ans.
« Nous sommes ici pour célébrer notre foi, mais aussi quelque chose de très beau : la vie, le travail, la fraternité et la dignité de chaque personne », a lancé l’abbé Pierre Claver dès le début de cette célébration toute en espagnol.
Reconnaître Jésus dans l’autre
L’Évangile du jour rapportait la question de Jésus à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
L’abbé Nzeyimana l’a reprise pour interpeller directement l’assemblée. Reconnaître Jésus quand on vient à l’intérieur d’une église est une chose. Mais « sommes-nous capables de le reconnaître aussi dans les personnes que nous rencontrons chaque jour ? », a-t-il demandé (¿Somos capaces de reconocerlo también [en] las personas que encontramos cada día?).
S’adressant à tous ces travailleurs venus de loin pour participer à la vie agricole d’ici, le prêtre a insisté sur la dignité de chaque être humain, au-delà de son statut ou de son « utilité » économique. Les travailleurs étrangers, a-t-il rappelé, ont eux aussi le droit d’être traités « comme des êtres humains, comme des enfants de Dieu, comme des baptisés » (También tienen derecho a ser tratados como humanos, como hijos de Dios, como bautizados).
« Nous devons changer cette idée selon laquelle vous venez ici comme travailleurs pour être “sauvés” par les patrons, a-t-il exprimé. Ce n’est pas ainsi. » Pour illustrer son propos, l’abbé Pierre Claver a pris un exemple que tous pouvaient comprendre : qu’arriverait-il dans un verger si, du jour au lendemain, les travailleurs montaient dans un autobus et repartaient ? Qui serait là pour récolter les pommes ? La relation va dans les deux sens, a-t-il rappelé : « Nous les aidons, nous aussi, même s’ils nous paient pour le travail. » (Nosotros le estamos ayudando, aunque nos paguen.)
Apprendre à se connaître
L’abbé Pierre Claver a invité travailleurs et employeurs à apprendre à se regarder autrement : non seulement comme les deux parties d’une relation de travail, mais comme des personnes qui dépendent les unes des autres. « Nous avons besoin d’apprendre à nous aimer, non seulement comme travailleurs et employeurs, mais comme des personnes qui ont besoin les unes des autres », dit-il, en reprenant une expression particulière de sa langue maternelle qui signifie « les uns pour les autres ».
Bénir des mains, mais surtout des vies
Après le témoignage bouleversant d’Agustín Ríos Gutiérrez, un travailleur mexicain passé proche de la mort et saisi par Dieu au cœur de ces événements (texte à venir), les travailleurs et travailleuses agricoles ont été invités à s’avancer pour la bénédiction des mains. De longues files se sont formées dans la cathédrale. Chaque ministre de l’Église prenait le temps d’appeler sur la vie de ces hommes, de ces femmes et parfois de quelques enfants, toute la tendresse de Dieu et la force nécessaire pour assumer sa charge.
Ces mains sont celles qui plantent, cueillent, récoltent et travaillent la terre. Ce sont aussi les mains d’hommes et de femmes qui se privent de pouvoir toucher, embrasser, serrer leurs proches, enfants, conjoints, parents, pour de longs mois.
« Nous ne bénissons pas seulement des mains ; nous bénissons vos vies, vos combats, vos sacrifices, vos rêves et vos espérances », a exprimé l’abbé Nzeyimana. Votre travail a une grande valeur. Mais vous n’êtes pas seulement des travailleurs. Vous êtes des êtres humains. Vous êtes des frères et des sœurs. »
Des tacos, du maïs et de la musique
Après la messe, cette fraternité a pris un visage beaucoup plus festif. Les participants se sont retrouvés sur le stationnement de la cathédrale autour d’un grand repas, plus de 700 repas de tacos et de maïs servis sous les chants familiers des mariachis.
Une autre façon, finalement, de vivre le message entendu quelques minutes plus tôt dans la cathédrale : être bien là ensemble, « les uns pour les autres ».
Laurent Fontaine,
Responsable des communications
Traduction à l’aide d’outils IA

