ÉGLISE EN PÉRIL?
Par Mgr. François Lapierre, p.m.é., évêque émérite de Saint-Hyacinthe

Mgr François Lapierre, p.m.é., évêque émérite de Saint-Hyacinthe

C’est du Honduras, un pays magnifique mais considéré comme l’un des plus pauvres de l’Amérique latine que j’écris ce court texte. Ici, l’Église vit certes ses problèmes, mais ce qui est en péril, c’est la vie des gens, la vie des jeunes qui ne trouvent pas de travail et deviennent « mareros » c’est-à-dire, membres de groupes qui font le commerce de la drogue, la vie des pauvres qui cherchent une planche de salut dans l’immigration clandestine.

Je serais tenté de changer le titre de cet article et de l’intituler, « Une planète en péril? » car, pratiquement tous les jours, on nous avertit des dangers qui menacent l’avenir du monde. Dans sa lettre Laudato si, le pape François a bien montré les liens qui existent entre l’économie et l’écologie.

Mais il faut aussi avoir le courage de nous demander si l’Église est en péril. Je ne vous cache pas que c’est souvent un choc d’écouter toutes ces nouvelles où il est régulièrement question des scandales sexuels à l’intérieur de l’Église. La semaine dernière, le pape François affirmait que ces scandales proviennent d’un « gouffre spirituel ».

Depuis maintenant près d’un an, je vis dans un centre de spiritualité où viennent chaque semaine de nombreuses personnes, des jeunes surtout. Je suis dans l’admiration devant la qualité de leur foi et de leur recherche.

J’avoue que ce qui m’a conduit ici, c’est l’expérience de mes dernières années comme évêque au service de l’Église de Saint-Hyacinthe. J’ai pu y voir de près l’augmentation du nombre de jeunes prêts à vivre une expérience sérieuse de formation chrétienne. Mais j’ai aussi vu que pour vivre cette formation, il fallait des personnes qui soient elles-mêmes en démarche sérieuse de foi et cela, en commençant par l’évêque! Je ne vous cache pas que j’ai dû réapprendre à prier le « Notre Père ».

J’ai aussi fait l’expérience des interpellations d’un mouvement comme le « cursillo », il m’a fallu plusieurs années avant de me décider à refaire mon « cursillo », ce qui m’a permis de voir de près la recherche spirituelle des gens de chez nous. J’ai découvert que s’il est vrai qu’il nous faut vendre des églises, ce qui fait la une des journaux, il y a toute une autre réalité moins spectaculaire qui pousse et qui donne d’excellents fruits.

L’Église est-elle en péril? Oui, si elle ne cherche qu’à développer ses propres projets, non si, à l’exemple de S. Paul, elle est attentive à ce que le Seigneur veut réaliser, « oui j’ai à moi, un peuple nombreux dans cette ville » (Actes 18, 10). Ce passage du livre des Actes est particulièrement lumineux pour nous, aujourd’hui.

Il me semble que nous vivons présentement ce que saint Jean de la Croix appelle la nuit obscure de la foi, un temps où on a l’impression que Dieu s’absente, un temps qui prépare un nouveau jour de l’expérience croyante.  Les années vécues à Saint-Hyacinthe et ce que je vis présentement me convainquent que nous sommes à l’aube d’un nouveau temps de la foi.

(NDLR : Merci à la revue Pèlerins en marche du mouvement des cursillos qui nous a aimablement autorisés à reproduire cet article ici.)